Revue de presse

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Art Yougoslave au musée de Vicq : Au temps des naïfs

Le Musée d'Art Naïf de Vicq accueille, dans le cadre de son festival international annuel, cent trente-six œuvres provenant des collections de l'important musée de Trebnje, en Slovénie. Un bilan de l'art naïf yougoslave, considéré comme l'un des plus importants du monde, et qui n'avait jamais fait l'objet d'une telle rétrospective en France.

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Si l'art naïf a connu en Yougoslavie une vogue plus importante que dans les autres pays de l'Est de l'Europe, où il était déjà florissant, c'est par la volonté de Tito, qui entama une politique de développement de cette forme de création puisant largement dans le folklore, les légendes, l'identité nationale populaire. Dès 1929, les précurseurs, sous la houlette de Hegedusic, avaient déjà formé le premier groupement d'artistes paysans, « l'école de la terre », à vocation fortement sociale.

Les collections du musée de Trebnje, présentées à titre exceptionnel jusqu'au mois de mars, témoignent de l'expansion de ce mouvement, qui gagna les six républiques yougoslaves, et dont on peut dire qu'il s'éteignit en 1991, avec l'éclatement de la fédération.

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On ne sait si l'art des républiques yougoslaves est mort avec leur unité, mais les 136 œuvres regroupées au fil de ce parcours historique témoignent d'une vitalité peu commune, même dans l'art naïf français. La religion est traitée à la manière d'un objet, dans une mystique candeur qui éclaire également les tableaux de la vie paysanne. Les visages sont contorsionnés comme dans des grimaces d'enfants, les mains hypertrophiées témoignent de l'importance des travaux de la terre dans la vie de ces artistes, des hordes de petites gens s'accumulent en de sombres fêtes populaires, comme dans les peintures de Bruegel l'ancien.

Plus loin, des fleurs, s'éparpillent sur toute la surface du tableau. L'artiste a donné libre cours à son goût pour la couleur, sans la retenue qui frappe souvent les artistes culturels.

Si le fond de l'inpiration permet de tisser entre ces œuvres un lien évident, les techniques employées varient sensiblement, sans souci de "noblesse" : outre la peinture à l'huile, on remarque des tapisseries, des bas-reliefs, des bois sculptés et surtout l'utilisation du verre comme support à la peinture. Cette technique, pratiquement inconnue en France, est une des caractéristiques importantes de l'art naïf yougoslave.

Ludovic Levasseur
Yvelines Hebdo
Semaine du 1er - 7 octobre 1996