L'art naïf est ici chez
lui
D'abord coureur automobile
dans les années 20 puis directeur des éditions
Art et Industrie, Max Fourny passionné "d'art populaire",
crée le musée d'art naïf en 1973, dans la
maison qui lui appartient. Le musée de Vicq est géré
par une nouvelle association depuis le 7 février. Il
a réouvert ses portes officiellement vendredi dernier.
Le Douanier Rousseau, Bauchant, Bombois, Utrillo,
Genin, Hajeri : les grands-maîtres de l'art naïf
sont là, exposés sur les murs du musée
flambant neuf. « Je souhaite que ce musée
aille au delà de l'art naïf gentillet avec ses petits
oiseaux et ses bateaux. J'aimerais montrer l'art naïf dans
toute sa richesse. Rendre hommage à la magie qu'il recèle.
C'est un moyen de dialogue unique entre les peuples »,
confie Daniel Besseiche, entre les mains de qui le musée
international d'art naïf est désormais placé.
Les débuts, à en juger par la qualité de
la première exposition mise en place sont prometteurs.
Les lendemains de la mise en valeur du naïf à Vicq
sont déjà assurés. Mais le projet va plus
loin. Au delà de la valorisation de la collection existante,
le musée vise désormais d'autres horizons : le
musée se promènera désormais à l'extérieur.
La première action du projet se concrètise dès
cette semaine : l'exposition de l'association fait l'objet
d'une action dans le lycée Saint Martin, à Rennes.
Le coup d'envoi est donné. Il s'agit là de donner
de l'amplitude au musée, c'est le souhait de Daniel Besseiche.
Marchand d'art et fondateur de galeries en France et dans les
pays scandinaves, Daniel Besseiche est arrivé à
Vicq "par hasard". Il explique : « C'est
la femme de Max Fourny - que je connais bien - qui m'a fait
découvrir le musée la veille de sa fermeture en
juillet dernier. J'y suis resté une journée et
une nuit. J'ai été conquis, littéralement.
J'ai donc accepté d'en prendre la direction ».
Amoureux de l'art avant tout, Daniel Besseiche,
insiste sur sa volonté de donner une ampleur internationale
au "bijou", à la tête duquel il est désormais.
Rien d'étonnant donc à ce que des projets d'ouverture
sur la Chine, l'Inde et l'Amérique du Sud soient déjà
en cours. Et si Daniel Besseiche est ambitieux - et c'est légitime
- il rend hommage à Max Fourny, fondateur du musée
en précisant : « Max Fourny a fait la
première partie, à nous de faire le reste. Et
si nous pouvons prétendre à rendre à ce
musée son réel niveau de dialogue, c'est bien
parce que Max Fourny a été là avant nous ».
Et c'est à Max Fourny qu'étaient destinés
les premiers mots de son discours lors de l'inauguration :
« Nous sommes ici ce soir parce q'un amoureux de
l'art naïf a voulu réaliser un rêve, créer
un lieu d'accueil pour cette forme d'expression trop méconnue.
[...] Nous avons décidé de le poursuivre aujourd'hui
et de lui donner une dimension que le créateur du musée
n'aurait pu espérer, une aura internationale ».
Un bijou dans la campagne
C'est à Vicq donc que se nicheront
désormais les plus précieux échos de l'art
naïf, monde vaste et mal délimité qui se
développe largement dans tous les pays du monde. Artistes
rêveurs d'une écologie idéale, les naïfs
regardent davantage avec les yeux de l'âme qu'avec ceux
de la logique. Un certain infantilisme, une gaucherie, la non-historicité,
la stylisation, la simplification, l'aspect-conteur, la perspective
mentale, l'idéalisation, l'imaginaire et le symbolisme
sont les principaux critères représentatifs de
l'art naïf, les axes autour desquels il a gagné
ses lettres de noblesse. Et c'est à Vicq donc, que vous
pourrez désormais toucher cet art de près. « Ce
musée a sa place ici. Je le préfère mille
fois dans un petit village de campagne que dans une grande ville.
Le cadre s'y prête parfaitement. C'est à nous de
faire venir le monde ici », déclare Daniel
Besseiche. Bonne route.
Elisabeth Gardet
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Yvelines, 14 mars 2001