La Grande Traversée

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Parcours de l'exposition « La Grande Traversée » (du 4 mai au 5 septembre 2004)

Début du voyage : l'Europe...

Très diversifiée, la production naïve occidentale est intimement liée à l’héritage culturel de chaque pays, voire de chaque région, et résume de manière éloquente une grande partie des personnalités artistiques de l'Art Naïf. Cette grande variété se traduit également sur le plan technique : les artistes naïfs européens créent des œuvres de toute nature, qu’il s’agisse de peintures sur toile, sur bois ou sur isorel, de broderies, de tissus cousus, de fixés-sous-verre ou encore de sculptures.

La première partie de l'exposition propose une découverte des monuments ou places des grandes villes européennes : le Sacré Cœur par Paule Gaignon, Waisenhausplatz à Berne par Helen Gudel, Amsterdam vu par la naïve belge Nadia Becker, Marienplatz à Munich par Heidrun Maurer, des places anglaises, espagnoles, italiennes... Dans une approche plus intimiste, d’autres artistes naïfs préfèrent nous dévoiler des lieux citadins moins connus du grand public mais qui les ont marqués : le village de leur enfance, un lieu cher à leurs yeux...

Le parcours mène le visiteur en Europe de l’Est, avec une série de tableaux de peintres naïfs polonais, roumains, tchèques, slovaques, croates, serbes, bosniaques... Imprégnés d’une identité culturelle très forte, ils retracent les us et coutumes de ces régions et décrivent la vie quotidienne des paysans, les légendes issues de la tradition orale, ainsi que les activités religieuses et collectives qui rythment le cours de l’existence, telles que le Départ des paysans pour la messe de Noël par le naïf serbe Mihailovic Dragan.

Musée International d'Art Naïf de Vicq, Mihailovic Dragan, "Départ des paysans pour la messe de Noël", 1989
Mihailovic Dragan (Serbie), Départ des paysans pour la messe de Noël, 1989, acrylique sur toile

Et le regard de l'Est sur l'Ouest ? Ljubomir Milinkov rend hommage à son pays adoptif, la France, en révélant l'Opéra de Paris tel qu'il n'avait jamais été perçu auparavant : transposé aux bords de la Seine, au milieu d'une place verdoyante, l'Opéra est auréolé d'un troupeau de moutons, tandis qu'un peintre-berger (l'artiste lui-même ?) contemple l'ensemble. Peints avec un grain d'ironie, deux poules et un coq attendent à l'entrée du monument.

L'Embarquement...

Que leur activité soit plus ou moins intense, les ports symbolisent toujours le départ vers l’inconnu. C’est le lieu de transition entre la ville animée et les aventures mystérieuses que l’océan peut réserver aux voyageurs. En fonction de leur sensibilité, les artistes nous décrivent des ports tantôt réalistes, tantôt imaginaires.

Cette Salle nous permet notamment de découvrir la passion de Bruno Paladin pour les bateaux à travers deux de ses toiles, avec une vision très personnelle et sans aucun doute originale. Dans Le joli petit port, son graphisme aigu, fourmillant de petits points colorés juxtaposés, donne à l'ensemble de sa composition une grande unité et apporte une ouverture certaine dans la peinture naïve yougoslave.

La Traversée...

Très vaste étendue d’eau salée, la mer a beaucoup inspiré les naïfs. Les monstres qui y habitent, les dieux, les sirènes ou bien encore les îles perdues dans l’océan font partie de l’imaginaire humain et participent pleinement à l’imagerie naïve. Cette salle met notamment à l’honneur deux œuvres de Simone Le Moigne (1911-2001). Elle nous délivre avec une grande sensibilité sa vision de la mer qu’elle découvrit à 20 ans avec effarement…

L’eau peut sauver les hommes comme elle peut les engloutir. Pour l'illustration de son édition d'art L’Arche de Noé et les Naïfs, Max Fourny fit appel à des artistes naïfs dont il découvrit l'œuvre lors de ses nombreux voyages à travers le globe. En se référant au livre de la genèse, que leur imagination transforma en formes et couleurs, les naïfs ont représenté ce cataclysme marin, à la fois destructeur et rénovateur. Le parcours de l'exposition offre un clin d'œil à cette grande série d'arches de Noé, avec -parmi d'autres- les tableaux du croate Branko Bahunek, de l'hongrois Tamas Galambos, de la suissesse Maria Rolly.

Simone Le Moigne, "A la recherche de la paix", 1983. Collection privée.
Simone Le Moigne (France), A la recherche de la paix, 1983, huile sur toile.
©Succession S. Le Moigne ADAGP 2005

 


Branko Bahunek(Croatie), Le rameau d'olivier, 1976, huile sur toile.

Fin du voyage : l’Amérique !

Passé et présent du continent américain sont séparés par une longue histoire de conquêtes, d’assujettissements, d’asservissements et de bouleversements. Les peuples de ce continent nous délivrent ainsi à travers leurs œuvres de véritables témoignages de leur histoire et de leur culture.

En Amérique du Sud, cet art vitaliste est né de la rencontre émouvante entre les mythologies africaines toujours vivantes (à travers le vaudou en Haïti ou le candomblé au Brésil) et une identité lentement conquise. Il se caractérise souvent par le pittoresque de la composition, ainsi que par un coloris brillant et lumineux qui est sans égal sur les autres continents. La vie quotidienne, le rituel religieux et la représentation des saints, les coutumes populaires, traités avec minutie et exubérance, constituent les principales sources d’inspiration des artistes sud-américains. En passant par la peinture naïve haïtienne, notamment Le bal champêtre de Jean Dubic, le parcours continue avec les naïfs brésiliens Anna Maria Dias, Alvez Gerson de Souza et Luis Carlos Figueiredo, la naïve argentine Jorgelina Flores et le chilien Gustavo Novoa.

Les artistes naïfs de l’Amérique du Nord ont connu un destin similaire à celui des artistes européens. D’une production abondante et d’inspiration conventionnelle, ils illustrent en priorité des scènes de la vie quotidienne et des paysages : aussi bien les sports locaux tels le hockey sur glace ou le football américain, que les grandes étendues des paysages verglacés canadiens.

Musée International d'Art Naïf de Vicq, Anna Maria Dias, "Le football", 1984
Anna Maria Dias (Brésil), Le football, 1984, acrylique sur toile
Pour les non spécialistes, c'est un aperçu de l'Art Naïf mondial qui est proposé avec "La Grande Traversée" ; pour les enfants, une découverte du monde à travers l'art ; et pour les initiés, une occasion de voir juxtaposées des créations fort diversifiées au niveau stylistique et technique, provenant du monde entier.