« À la découverte de l'Inde »
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Avec l'exposition «  À la découverte des artistes naïfs indiens » (21 mars au 30 juin 2002) le Musée ouvre ses horizons à des régions que la collection initiale ne possédait pas encore. Une véritable invitation à la découverte des richesses d’une culture, avec ses rites et ses coutumes.

Venus des confins de l'Himalaya aux portes du Pakistan, les "Patachitra" sont une ancienne forme d'art, qui -malgré l'impact de la modernité- continue à être exercée, surtout dans les régions rurales par des artistes autodidactes.

Peints sur des rouleaux de papier, tissu ou parchemin, ils étaient à l'origine exécutés avec des pigments minéraux ou végétaux, à dominante de pures couleurs primaires. Déployés, ils peuvent atteindre jusqu'à 3 mètres. Ils sont divisés en différentes scènes qui, intégrées les unes à côté des autres, racontent une histoire. Suivant la coutume, ils relatent de nombreuses aventures légendaires (mythiques et historiques) de la vie religieuse ou séculière. Ou bien encore ils illustrent des scènes de la vie quotidienne. Le graphisme des personnages qui y figurent pourrait être associé à l'esthétique naïve, de par la finesse du détail et ses couleurs flamboyantes. Ces panneaux déroulants n'avaient aucune valeur marchande ; ils restèrent toujours en possession des ménestrels qui les portaient de village en village, les roulant et déroulant plusieurs fois par jour pour chanter leurs histoires.

Les "Patachitra" sont bien souvent les seuls trésors d'une population encore en partie nomade. L'exposition présente une série de "Patachitra" réalisés ces dix dernières années dans des villages reculés du Bihar, où la tradition ancestrale des parchemins entièrement peints à la main persiste encore. Le Bihar, deuxième état le plus peuplé de l'Inde mais aussi l'état indien le plus arriéré, souffre d'une situation économique et sociale qui tranche radicalement avec son passé, d'où l'importance historique, culturelle et éducative de cette forme d'art et de sa diffusion.

Dans le cadre des thèmes religieux présentés à l'exposition « A la découverte de l'Inde », on peut citer l'épopée du Ramayana (image à droite), l’une des deux épopées indiennes classiques avec le Mahâbhârata. Ce long poème de sept livres et 48000 vers aurait été composé au début de notre ère ; il conte les aventures de Rama « charmant », de son épouse Sita et de son frère Lakshaman qui, exilés dans la forêt, doivent affronter les démons (Rakshasa).

Patachitra "Histoires du Ramayana"
"Patachitra", Histoires du Ramayana, artiste anonyme, pigments naturels, 149x21cm

Le panneau historique French Revolution (image ci-dessous) est en quelque sorte l'image stéréotypée de la révolution française avec ses guillotines, la fuite des souverains, Marianne et ses attributs de la justice... Mais les personnages sont représentés dans une esthétique purement indienne ! L'artiste transpose cet épisode de l'histoire française dans le contexte de son pays.

Patachitra "Révolution Française"
Détail du "patachitra" Révolution Française
Artiste anonyme, pigments naturels.

Une série de gouaches de l'artiste indienne Pragatti est réalisée sur des tissus et des papiers longs et étroits qui forment des rouleaux, représentant des scènes de village, de mariage, mais aussi l'épopée du Ramayana et les divinités Ganesh, Krisna, Durga...


Une grande partie de l'exposition est dédiée à Naina Kanodia, artiste autodidacte indienne internationalement reconnue. Kanodia présente de manière satirique le quotidien des gens de son pays, avec un souci du détail très marqué. La tradition religieuse indienne est fortement présente dans ses toiles.
Naina Kanodia, "Willington Club"
Naina Kanodia, Willington Club, huile sur toile, 76,5x91,5 cm

Son tableau intitulé Yatra représente le dieu Siva (l’un des dieux suprêmes de l’hindouisme, considéré comme celui qui détruit pour créer à nouveau) et le dieu Ganesh (fils aîné de Siva, idôle populaire des indiens, à tête d'éléphant). Siva est par tradition représenté avec un troisième œil sur le front qui signifie la connaissance ultime.

Kanodia tente d'exprimer dans ses œuvres la bipolarité entre l'influence occidentale et l'attachement à la culture traditionnelle, caractéristique de la société indienne contemporaine. Par exemple, sa toile Willington Club est une critique apparente de l'influence de la société anglaise sur les indiens.

Les artistes naïfs indiens développent une esthétique propre à leur culture, qui est un véritable métissage entre modernité et tradition. Leurs œuvres sont représentatives d'un pays qui se situe au croisement de l'Orient et de l'Occident.


 Lisez l'article paru dans les Nouvelles de l'Inde.
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